Seigneur Dieu, il y a tant d’escaliers, de marches, menant vers le haut et vers le bas ; tant de couloirs dont les murs se séparent et à nouveau se rencontrent, dont les plafonds s’élèvent et à nouveau s’abaissent. Combien de lieux avait-il traversés, combien de vastes salles, de trous sombres et de minuscules cagibis servant à Dieu savait quoi ? À un moment, il s’était retrouvé sur une galerie entourant une salle vide, poussiéreuse. Ensuite, il avait couru sur une passerelle couverte, suspendue au-dessus d’un gouffre de soupiraux. Et sur ses talons, des impacts comme un tourbillon de tambours crescendo, au tempo qui s’accélère frénétiquement. Et encore des ruelles, de nouveaux escaliers, de nouvelles arcades, de nouveaux espaces…
Maintenant, Brok se précipite dans un cylindre lisse, brillant. C’est une canalisation. Non, c’est la bouche d’un canon. Non ! C’est le tube d’une lunette astronomique puisqu’il devient de plus en plus étroit… Il est forcé de se mettre à quatre pattes, de ramper, de s’étirer et de se tortiller pour glisser, comme une chenille. Il ne peut déjà plus aller plus loin, c’est fini, fini… Mais cet entonnoir-là, de toute façon, est terminé par une grille de fils de fer. Brok saisit cette grille et la secoue désespérément.
— Jan Weiss, la Maison aux mille étages (trad. Eurydice Antolin)